Se relier au monde….

ChrysanthemumIl faut fondamentalement nous relier à la terre, à notre situation de travail réelle. Alors, les situations vont nous dire assez brutalement:  “Je te rejette” ou “Je t’accepte”. Dans tous les deux cas, c’est douloureux.

La douleur vient du fait qu’il faut que nous traitions avec toutes sortes de choses auxquelles nous ne voulons pas réellement nous relier. Nous préférerions qu’elles se relient à nous plutôt que d’avoir à nous ouvrir à elles. Car nous préférons rester à l’intérieur de notre abri; nous voulons garder intacte la coquille de notre égo. Dès que la situation exige de sortir de la coquille et de communiquer, cela devient trop compliqué pour nous.

La douleur fondamentale réside dans la perte de la sécurité; c’est perdre cette impression de maintenir intact l’égo. Vous ne pouvez éprouver aucune douleur à moins d’être associé à quelque chose. C’est l’association même, la dualité elle-même, qui est douleur. Il y a cette idée de base que vous ne pouvez pas vous maintenir par vous-même; que vous avez besoin de quelque chose d’autre. Pour un bébé affamé, avoir faim est synonyme d’insécurité, ne pas avoir faim est synonyme de sécurité. Pour ce jeune enfant, l’égo n’est pas une si grande affaire. C’est une simple expérience de dualité.

Lorsqu’un enfant a faim, il ou elle pleure. Il n’y a rien de mal à ça. Nous ne cherchons pas nécessairement à nous débarrasser de ce niveau de dualité fondamentale. Cette simple situation contient pourtant d’autres possibilités. Elle ne peut pas rester aussi simple. En d’autres termes, nous n’essayons pas de nous débarrasser de l’égo; nous essayons de nous débarrasser de la réaction en chaîne de l’égo.

D’un côté, un égo simple peut se transformer en sagesse. Il est sagesse. L’égo a une conscience instinctive, basique, de ceci et cela. Toutefois, l’égo simple a aussi tendance à dire davantage “je”, et cela va de pair avec l’agression. Il semble qu’un bébé n’ait même pas le sens de “ceci et cela”. Le bébé ne sait même pas qu’il a faim. Toutefois, il ne se sent pas en sécurité, c’est instinctif. La faim est associée à la perte et à la mort tandis qu’être nourri est associé au gain, à la survie. C’est assez simple, mais nous avons tendance à rendre les choses bien plus compliquées. Nous en arrivons à avoir des concepts très figés: la douleur comme étant la douleur, le plaisir comme étant le plaisir. Nous nous forgeons des idées conceptuelles, précises et limitées, de la douleur et du plaisir. Nous sommes incapables de garder la qualité enfantine.

Chögyam Trungpa “Argent, sexe et travail – S’éveiller à la vie réelle” éd. Seuil p.222-223

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